Le Pulitzer 2010, les blogs, le webjournalisme

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mettan global investigating.jpgInvestigation, C’est le mot-clé de cette semaine. L'investigation, l’art majeur du journalisme.

Les blogs participent, eux, du journalisme citoyen. Enfin un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout...? A vous de vous faire une opinion dans les sélections quotidiennes publiées dans ce blog. Exactement à cette adresse: webzine.blog.tdg.ch/selection-du-jour. (photo O Vogelsang)

Ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève, Guy Mettan dirige le Club suisse de la presse qu'il a fondé il y a plus de 10 ans. Interview d'un blogueur épisodique - faute de temps, dit-il - en marge du sixième Congrès du journalisme d'investigation dont il est l'administrateur.

Le prix Pulitzer 2010 a été décerné le 13 avril dernier, pour la première fois, à un site internet (ProPublica.org) pour une enquête sur un hôpital de La Nouvelle-Orléans frappé par le cyclone Katrina, le web c'est l'avenir du journalisme d'investigation?

- Le web est incontournable. Aucune enquête ne peut désormais s'en passer. C'est une formidable mine d'informations qui, de surcroît permet de réduire les coûts. Tout l'art consiste à débusquer la bonne information, à trier, à recouper, à vérifier, à confronter à d'autres sources d'information indépendantes, des témoins réels notamment. Durant le congrès, des ateliers sont organisés pour présenter les techniques de recherche adéquates. Sous ou à côté du Web du grand public, il y a d'autres réseaux de données qu'il faut pouvoir aussi investir.

Croyez-vous au journalisme citoyen?

- Pour moi il ne devrait y avoir de journalisme que citoyen: le vrai journaliste est au service du public, et donc des citoyens. Mais il est vrai que la notion de public tend aujourd'hui à divorcer de la notion de citoyen pour se rapprocher de celle de consommateur, à qui il convient de complaire afin de vendre une information formatée. Vaste débat...

Votre blog Vu de la Terrassière - guymettan.blog.tdg.ch - est plutôt épisodique, vous préférez Facebook?

- Tenir un bon blog requiert du temps. Au moins une heure par jour si l'on veut percer en termes d'audience. Je suis encore moins actif sur Facebook.

Les blogs, c'est une mode passée?

- Je ne le crois pas. C'est un média formidable. La baisse des blogs est relative car d'autres moyens s'installent comme les réseaux sociaux ou Twitter. L'avantage des blogs est que l'auteur est également éditeur et qu'il peut entièrement contrôler son propos. C'est un média aussi bien adapté aux billets d'humeur qu'à une réflexion complexe. Le blog permet aussi d'échapper aux raccourcis journalistiques...

Comment gérez-vous les commentaires?

- Ils sont publiés directement. Je n'interviens que lorsque ça dérape vraiment.

Faut-il supprimer les commentaires anonymes?

- Sur le principe j'y serais assez favorable. le débat démocratique doit se faire à visage découvert. Ça permettra vraisemblablement de supprimer les internautes fanatiques et d'empêcher les xénophobes de déverser leur fiel. Cela dit, l'information est à plusieurs niveaux. Un homme politique peut difficilement critiquer son parti ou un ministre d'un parti allié. Ce n'est pas pour rien que le «off» existe. Les journalistes servent à préserver les sources d'information des éventuelles représailles qu'elles pourraient subir. L'anonymat joue parfois ce rôle.

Tous les journaux perdent tous des lecteurs, sauf dans les pays émergents, une évolution inéluctable?

- C'est une tendance lourde qui perdurera tant que les nouveaux médias électroniques baladeurs ne seront pas stabilités. L'audience des journaux classiques est cependant soutenue par celle de leur site internet. Les instruments de mesure de l'audience ne savent pas encore assez bien cumuler les lecteurs des éditions imprimées et les internautes. Le journalisme doit sans doute évoluer. Le désir d'être informé n'a pas diminué. La tendance bling bling, la presse people, influence tous les journaux. Je plaide pour un journalisme qui retrouve ses fondamentaux, un journalisme aux pieds nus plus empathiques, moins prétentieux. La cause n'est pas perdue.

Les journalistes doivent-ils avoir peur d'Internet?

- Absolument pas. Ils doivent être polyvalents. L'ordinateur n'a pas réduit l'écriture. Au contraire, les blogs et les réseaux sociaux sont essentiellement des médias de l'écrit.

Comment financer les grandes enquêtes? Des Fondations américaines surtout lancent des projets d'investigation journalistique internationaux qui peuvent impliquer des dizaines de journalistes, un modèle à suivre?

- Sans doute. La Fondation Soros et d'autres institutions se sont profilées depuis cinq ou six ans. En Europe, un Fonds de la région wallonne en Belgique se lance. D'autres vont suivre sans doute. Il appartient aussi aux journaux et aux agences de journalistes de faire des offres et de savoir séduire les financiers attachés à la démocratie, laquelle ne fonctionnerait pas longtemps sans la liberté de la presse.

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