L'anonymat, un droit de l'homme?

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anonymat masques.pngUne des conquêtes de la démocratie a été l'introduction du vote à bulletin secret. Les comptes à numéros et le secret bancaire, qui ont fait et font encore la fortune de la Suisse, sont fondés sur l'anonymat des détenteurs de capitaux - les trusts anglo-saxons sont du même tonneau.

La protection de la sphère privée fait du secret professionnel, du secret médical, du secret des sources, etc. les clés de voûte de la société libérale. Le cryptage quantique des données dématérialisées est un enjeu politique et économique de première grandeur.

Wikileak diffuse des informations et des documents en garantissant l'anonymat des fournisseurs. Les "wistle blowers" - ces personnes courageuses qui en viennent à dénoncer des pratiques condamnables des entreprises ou d'un service public au péril de leur emploi - sont considérées non sans raisons comme nécessaires au bon fonctionnement des institutions...

Et voilà que l'on voudrait réserver le droit au débat sur le net et dans les blogs exclusivement aux citoyens bien identifiés!

Voilà trois ans et demi que j'anime le forum des blogs de la Tribune. Cette plateforme prend sa place dans le débat de société à Genève. Elle accueille désormais plus de 250'000 visiteurs uniques par mois. Des centaines de blogueurs plus ou moins actifs s'y expriment. La très grande majorité est identifiée et affiche d'une manière ou d'une autre son identité. A quelques exception près, je les connais tous.

En revanche, les milliers de commentaires qui sont postés, tant sous les articles publiés sur www.tdg.ch que dans les blogs, sont très majoritairement le fruit d'internautes masqués. Régulièrement la question surgit: Faut-il bannir ces internautes et les contraindre à apparaitre à visage découvert.

Ma réponse est non. Ce qui ne m'empêche pas de privilégier les points de vue des internautes identifiés et d'encourager les anonymes à tomber le masque.

Relancé par Daniel Cornu, le débat m'a valu l'envoi de quelques courriels intéressants. Je les cite ci-dessous réservant mon nalyse pour la semaine prochaine. Daniel Cornu a reçu pour sa part de nombreuses réactions. Il a consacré du temps à convaincre les internautes anonymes d'accepter de signer au moins de leurs initiales. Il publiera la semaine prochaine également une synthèse et l'analyse de cette expérience sur Marges.

Claire-Marie Jeannotat, sans doute la doyenne des blogueurs - elle a 87 ans plus de 90 ans - écrit:

Merci de vos services aux "Bloggers". Au sujet de  "l'anonymat est-il un manque de courage ou un droit de l'homme?"
Perconnellement, je pense qu'assumer ce qu'on dit ou écrit est normal. Les commetaires signés sont une marque de respect, aussi s'ils sont critiques. Il me semble qu'en Suisse, il y a déjà une telle dose d'auto-censure dans certains cercles que le contenu sonne creux!
En Afrique du Sud du temps de l'Apartheid, nous étions obligés
a) de communiquer bien sûr, au travers des murs des multiples apartheid
b) l'anonymat était une espèce de protection de soi-même et des autres (Police secret service), mais c'était remplacé par des codes, et ceci est tout différent de l'anonymat.

Jacques Pagan, ancien conseiller naitonal et actuel constituant UDC, à qui j'ai posé deux questions, me répond

Je vous confirme mon irréductible oppoition aux "internautes masqués". La liberté d'expression s'exerce à visage  découvert, sinon elle n'existe pas. Le courage de ses opinions reste la première valeur de l'homme politique.

N'estimez-vous pas, ai-je demandé, que le pseudo permet à nombre de citoyens d'exprimer leur  point de vue, sans quoi ils ne le pourraient pas en raison de leur profession, de leur statut ou de toutes autres raisons qu’ils jugent pertinentes? Il est bien connu notamment que des parents d'élèves s'abstiennent de critiquer les professeurs de leur enfant, de peur, à tort ou à raison, que leur rejeton n'en subisse quelques représailles sournoises.

Pas d'accord. La liberté d'expression a certainement un coût, mais c'est ce qui fait sa valeur. Elle est irremplaçable ou elle n'est pas.

Considérez-vous qu’il y aurait un intérêt public à vérifier l’identité des commentateurs et donc une raison de financer par des fonds publics le travail des médias qui offrent des forums de débat public (notamment en contrôlant, comme le fait Daniel Cornu dans l’espace de son blog, l’identité des commentateurs avant de les publier)?

Non. Les opinions des citoyens doivent fondamentalement s'exprimer au travers des partis politiques, non des médias qui n'ont pas à contrôler, d'une manière ou d'une autre, la libre expression de ceux-là ou les conditions de sa manifestation. Le rôle des partis politiques doit être renforcé et soutenu par les pouvoirs publics, de telle sorte que cette libre expression puisse se manifester face à la puissance du pouvoir politique en place et, surtout, à celle des médias - qui sont en passe de se substituer aux partis politiques dans la formation de l'opinion politique des citoyens (c'est notamment pour cette raison que M. Michel ROCARD, ancien premier ministre français, a déclaré qu'il ne ferait aujourd'hui plus carrière dans la politique, la place des politiciens ayant été prise par les médias). J'ai soutenu cette position dans le cadre des travaux de la Constituante par le dépôt d'une proposition qui a malheureusement été réduite à sa plus simple expression (mais que je reprendrai ultérieurement).

 

Je serais heureux de recevoir l'avis d'autres internautes. Il suffit de cliquer sur le mot comentaire ci-dessous et de rédiger votre avis. Si vous souhaitez être tenu au courant des autres commentaires qui seront publiés, ils suffit de cliquer dans la case s'abonner au fil de discussion.

Commentaires

  • J'assume tout à fait mon opinion, mais je ne me démasquerai pas sur un blog. Je suis par contre tout à fait d'accord avec le fait qu'il faille s'inscrire avant de pouvoir communiquer sur un blog et que l'animateur du blog connaissent mon nom et mes coordonnées personnelles.

  • Si vous pensez pouvoir résoudre ce que vous percevez comme un problème, à savoir la possibilité d'avoir un relatif anonymat en postant des commentaires de blog, en forçant les utilisateurs à créer un compte, je peux vous affirmer que:

    - La fréquentation du site va chuter
    - La procédure adminsitrative pour GARANTIR que vous connaîtrez l'identité des personnes derrière chaque compte sera extrêmement coûteuse/complexe et il y aura de grande chance qu'elle comporte malgré tout des failles ou alors elle excluera une grande catégorie d'internaute.
    - Compte tenu du point ci-dessus, vous aurez malgré tout des anonymes, et retour à la case départ, avec la fréquentation du site en moins.
    - La qualité des commentaires ne s'améliorera pas ... il n'y qu'a voire le niveau de ceux liés au articles de la TDG qui nécessite d'utiliser un compte.

    Voila, allez-y, tirez-vous une balle dans le pieds pour satisfaire une vision passéiste de l'Agora, je m'y inscrirai et continuerai d'exprimer, en toute anonymité.

  • Le jour où la "signature" -qu'elle" soit celle du patronyme véritable ou d'un pseudonyme (Monsieur François Marie Arouet avait aussi un nom d'emprunt)- sera garantie et ne sera pas pillée par des rastaquouères sans vergogne, on pourra rediscuter de ce "à visage découvert". Mais ici, quiconque peut utiliser le pseudo ou le nom d'un autre. Alors autant n'utiliser qu'un pseudo et ne divulguer son vrai patronyme qu'au minimum.

    La mise au point d'un système avec un code secret pour utiliser une signature donnée incomberait à celui qui appartient celui-ci (ici Edipresse)... Pour l'instant c'est: "Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir!"

    Preuve ici: J'envoie mon commentaire sous le nom de J-F Mabut, ce qui est une usurpation utilisée pour prouver ce que j'avance...Je vais donc signer ici de mon "vrai" pseudo.

    Baptiste Kapp, alias ...

  • Soyez logique avec vous-même, M. Mabut, et dès maintenant autorisez également l'anonymat dans le courrier des lecteurs de la TDG-papier !
    Sinon on pourra croire qu'une main y lave l'autre ...

    Pourquoi, dans la foulée, ne pas encourager et dépénaliser aussi les lettres anonymes et les dénonciations potentielles qu'elles pourraient renfermer ?

    A-t-on par ailleurs recensé jusqu'ici le nombre de commentaires anonymes insultants ad hominem parmi tous les commentaires sur vos blogs ?

  • Soyez logique avec vous-même, M. Mabut, et dès maintenant autorisez également l'anonymat dans le courrier des lecteurs de la TDG-papier !
    Sinon on pourra croire qu'une main y lave l'autre ...

    Pourquoi, dans la foulée, ne pas encourager et dépénaliser aussi les lettres anonymes et les dénonciations potentielles qu'elles pourraient renfermer ?

    A-t-on par ailleurs recensé jusqu'ici le nombre de commentaires anonymes insultants ad hominem parmi tous les commentaires sur vos blogs ?

  • 1) Daniel CORNU (par ailleurs modérateur d'Edipresse) avait publié le 28.10 une note au sujet du harcèlement des vendeurs par télémarketing.
    http://marges.blog.tdg.ch/archive/2010/10/28/pollution-sur-la-ligne.html

    Après avoir pris connaissance de quelques commentaires peu utiles, je lui ai adressé le message suivant le 31.10 :

    « Bonjour Monsieur CORNU,

    Vous censurez tous mes commentaires, au motif qu'ils sont signés d'un pseudo.
    Il me suffirait de prendre un pseudo du type "Prénom NOM" pour y échapper...
    Cessez-vous de lire ou d'écouter un auteur dès que vous apprenez que son nom n'est qu'un pseudonyme ?

    Pas rancunier, je vous signale - et vous laisse le soin de partager ce conseil -
    qu'il vous suffit de lire la page 15 de l'annuaire téléphonique :
    Une protection contre ces intrusions peut être obtenue en faisant précéder son nom d'un astérisque * dans l'annuaire papier : c'est gratuit.
    Cette "liste rouge" est gérée par CallNet.ch
    l’association interprofessionnelle pour la gestion de Call Centers et de Centres de Contact Client en Suisse :
    http://www.callnet.ch/default.aspx?seite=211

    Encore plus efficace encore, car cela concernera aussi votre boîte aux lettres :
    Vous inscrire sur la liste "Robinson"
    http://www.sdv-asmd.ch/index.php?TPL=10140

    Il y a encore une autre astuce pour se débarrasser des importuns :
    Laisser branché en permanence un répondeur avec une annonce adéquate,
    informant que vous ne répondez pas aux intrus,
    et vous ne décrochez que si vous reconnaissez l'appelant.
    Signé : Les Dix Gagas »,


    2) J'ai échangé un mail avec M. CORNU, en soutenant que sa pratique relevait de la censure :
    Il aurait pu publier mes conseils sous son propre nom, en précisant qu'ils lui parvenaient d'un anonyme (sans obligation de faire de la pub pour mon pseudo).


    3) Suis-je involontairement à l'origine de cette nouvelle polémique sur l'usage des pseudos, comme auteur du 2ème exemple donné par Daniel CORNU ?
    http://marges.blog.tdg.ch/archive/2010/11/10/commentaires-sous-pseudos-pourquoi-ce-jeu-de-cache-cache.html#comments

    Vous me direz peut-être : pourquoi vous cacher sous pseudo pour un message aussi anodin ?

    => Croyez-vous qu'un partenaire d'une société de télémarketing pourrait se permettre de donner publiquement pareils conseils ?
    (employé, client ou fournisseur : si je l‘ai été involontairement comme fournisseur, je n‘aspire pas à le redevenir)

    Vous répondrez peut-être : Celui qui est aussi critique n'a qu'à s'abstenir d'être partenaire d'une société de télémarketing.

    => C'est typiquement la posture des privilégiés, des puissants, de ceux qui tiennent le couteau par le manche, dont la situation n’est à la merci de personne d'autre.

    4) Un autre commentateur a aussi soulevé le fait qu'il ne s'agit pas seulement d'émettre une opinion à visage découvert face à un interlocuteur connu.

    Il s'agit d'une publication sur INTERNET, c'est-à-dire mise à la portée de toute la planète, susceptible d'être enregistrée, ressortie et exploitée par n'importe quel ANONYME des années plus tard.

    PS :
    @Pierre-André Briand | 10.11.2010
    Je précise que je ne me compare pas à Guillaume Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary de Wąż-Kostrowicki !
    Ni même à "Lady Gaga" dont j'ignore sans regret le véritable nom...

  • "Les Dix Gagas" est-ce une référence à ceux qui ont droit de cité chez le chevalier Cornu?

  • Monsieur Mabut :
    Le jour viendra aussi où quelque sociologue nourri par le recul viendra nous confirmer à quel point l'anonymat des commentaires sur vos blogs auront encouragé et fait exploser l'intolérance religieuse et les haines communautaires, lesquelles auront contribué à nourrir le populisme d'une classe politique encouragée par ces remugles de basse fosse ,,,

  • Monsieur Mabut :
    Le jour viendra aussi où quelque sociologue nourri par le recul viendra nous confirmer à quel point l'anonymat des commentaires sur vos blogs auront encouragé et fait exploser l'intolérance religieuse et les haines communautaires, lesquelles auront contribué à nourrir le populisme d'une classe politique encouragée par ces remugles de basse fosse ,,,

  • Il faut avoir une dose d'hypocrisie et être un lèche-botte pour abolir l'anonymat.

    Les anonymes n'ont rien à vendre, eux! Ils n'ont donc pas besoin d'être connus pour être reconnus..... Si, Si..... :)))))))))

  • @ Santo Cappon

    Vous écrivez :

    "Pourquoi, dans la foulée, ne pas encourager et dépénaliser aussi les lettres anonymes et les dénonciations potentielles qu'elles pourraient renfermer ?"

    Depuis quand l'auteur d'une lettre anonyme se rend-il coupable
    d'une infraction ?

    Au vu du principe : pas de peine sans loi, principe civilisationnel et consacré par la CEDH, je vous invite à m'indiquer la norme pénal que transgresse l'auteur d'une lettre anonyme.

    Bonne soirée Monsieur.

  • @CEDH ---
    Les lettres anonymes distillent rarement de la poésie lyrique. La plupart du temps elles sont porteuses de calomnies, et c'est cette diffamation qui relève du droit pénal suisse. Autrement dit, une diffamation ne saurait être dépénalisée sous prétexte qu'elle serait anonyme.

    Par ailleurs, un projet de loi sur les lettres anonymes est en préparation en France.

  • @CEDH ---
    Les lettres anonymes distillent rarement de la poésie lyrique. La plupart du temps elles sont porteuses de calomnies, et c'est cette diffamation qui relève du droit pénal suisse. Autrement dit, une diffamation ne saurait être dépénalisée sous prétexte qu'elle serait anonyme.

    Par ailleurs, un projet de loi sur les lettres anonymes est en préparation en France.

  • Celui qui n'a rien à perdre et qui n'a rien à se reprocher est un homme libre... Cet être-là ose dire se qu'il pense et ose afficher son identité.
    Car c'est QUELQU'UN(E).

  • Ce qui compte, c'est les idées, pas l'identité de la personne qui les écrit.
    Lorsqu'un interprète chante une chanson, on sait rarement qui en est l'auteur.
    Le chanteur a généralement un pseudo.

    Il y a quand même des règles de base:
    - À part les cas où le sujet concerne des personnes qui fournir les verges pour se faire battre, les personnes ne doivent pas être attaquées.
    - Même si ça pourrait être amusant, on ne vole pas les pseudos.

    En résumée, je suis 100% pour l'anonymat.

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