Dieu est athée...

Imprimer

jeannotat claire marie.jpg"Le croyant et l'athée ont quelque chose en commun; c'est l'image qu'ils se font de Dieu." Une divinité puissante, grandiose et riche. Faits à son image, nous nous efforçons de lui ressembler d'où notre insatiable besoin de concurrence, de guerre, d'oppression, de maximalisation de profit... Or, écrit Herrmann-Josef Venetz, Dieu lui-même ne croirait pas à cet image de Dieu que nous lui fabriquons. Claire Maire Jeannotat vient de relier les textes de ce philosophe germanophone établi à Fribourg que la blogueuse la plus âgée de la Tribune a traduits et publiés dans son blog Katutura.  Dieu serait athée. Et de citer cette pensée du philosophe Ernst Bloch: "Seul un athée peut être un bon chrétien."

Cette petite centaine de pages bien denses méritent un coup de chapeau. Il y est question de paix, de justice et d'humanité. On y parle des pauvres, des faibles, des perdus. Il est l'oeuvre d'une religieuse suisse qui a passé sa vie dans les townships d'Afrique du sud. Elle vient de fêter ses 90 ans et me prie de diffuser son petit opuscule, une extraction de son blog, à qui souhaitera s'intéresser à ces "Paroles en chemin".

Dans un avant-propos, Herrmann-Josef Venetz explique la genèse de cette ouvrage. Soeur Claire-Marie, qui habite Bulle et, à la fin de cet été, rejoindra ses consoeurs dans la maison mère de son ordre, à Menzingen dans le canton de Zoug, au coeur même de ce capitalisme de boîte à lettres qui attire les fortunes du monde, s'est inspirée du philosophe fribourgeois dans les notes qu'elle a publiées d'abord sur clairemarie.blog.24heures.ch, puis sur katutra.blog.tdg.ch.

"Elle me pria même de lui envoyer de nouveaux textes, raconte Venetz, de courts textes - car il corresponde à la demande de mes lecteurs..." Elle lui envoyait la traduction et il passait de long moment à rechercher le mot juste dans les deux langues. "Parfois la traduction de Soeur Claire-Marie me plaisait mieux que mon propre trexte, je retravaillais donc jusqu'à ce que nous nous mettions d'accord sur les deux versions."

Les raisons de cette publication ne manque pas non plus d'une double actualité, suisse et sud-africaine.

Marie-Claire Jeannotat écrit que la théologie contextuelle - en Afrique du Sud - nous aidait à trouver un sens à la lutte pour la justice et la force pour accomplir la volonté de Dieu. Les petites gens, les opprimés prenaient conscience de leur dignité bafouée. En Suisse, poursuit-elle, j'ai découvert une situation ecclésiastique où le lien entre la parole proclamée dans la liturgie et l'analyse sociale manquait. La mise en pratique, troisième pilier de la théologie contextuelle, était dans la sphère privée. Quant à l'analyse sociale, elle était le fait d'experts de niveaux supérieurs.

Ajouteriez-vous quelque chose?

En 1994, après l'indépendance, cette théologie s'est orientée sur une spiritualité, poursuit la blogueuse... "Oublier l'enracinement de la spiritualité de Jésus (peu connue et peu mise en exergue dans nos paroisses) dans la Parole de Dieu - la Bible, la Torah, le Coran - serait dommage..."

Ajouteriez-vous quelque chose?

Chez nous, conclut-elle, les innombrables spiritualités ne sont que des dévotions. En Herrmann-Josef Venetz, Claire-Marie Jeannotat a trouvé un rédacteur qui contextualise la Parole de Dieu en son temps. La réaction des internautes qui les ont lus en témoigne.

PS: Claire-Marie Jeannotat a reçu le prix "Bonnes dépêches" 2012 décerné par les évêques suisses.

En 2010, le journal Couleurs locales de la RTS avait consacré quelques minutes à la soeur blogueuse.

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.