Marc Schindler: France : le jeu du Mikado

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mikado.jpgMarc Schindler: France : le jeu du Mikado

Olivier Perroux: Vers l’effondrement?

Pascal Décaillet: Fragments d'un transport amoureux

Rolin Wavre: L’Etat doit faire réaliser une étude indépendante de la boucle

Anne Cendre: La dynastie Auberjonois

Pascal Holenweg: Une majorité pour Johnson ?

Philippe Souaille: 11/09 le Chemin de Damas

Marc Schindler: France : le jeu du Mikado Pour un observateur suisse qui vit en France, le débat hexagonal sur le système de retraite ressemble au jeu du Mikado. Toutes les baguettes sont tellement enchevêtrées que, dès qu’on en touche une en essayant de la retirer, on passe son tour. Pourtant, le bon Dr Philippe avait la main légère en présentant sa potion amère sur la réforme des retraites. Avec une pédagogie digne d’éloge, le premier ministre a présenté les mesures d’économie pour équilibrer le système, qui accusera un déficit d’une bonne dizaine de millards d’euros, et pour marcher pas à pas vers un nouveau régime, où chaque heure travaillée rapportera une point de retraite. Le hic, c’est que le jeu du Mikado est si complexe que, pour ne pas braquer les syndicats et le patronat, pour basculer vers un régime universel, pour faire accepter l’âge pivot à 64 ans, pour supprimer les 42 régimes spéciaux, pour apaiser les profs, les infirmières et les grévistes qui paralysent la France, le gouvernement a monté une usine à gaz. J’exagère ? (...) La politique, c’est l’art du possible. Alors, pour faire passer la potion amère, le gouvernement retarde les échéances. (...) Au jeu du Mikado, le gouvernement a perdu la main. Ce sont les syndicats qui mènent le jeu. (...) Qui va payer ? M’en fout, pas mon problème !

 

Olivier Perroux: Vers l’effondrement? Coup sur coup, deux regards avisés de la politique ont livré dans les médias des analyses très pertinentes du paysage politique. Sur LCI, Darius Rochebin, appelé à commenter un débat sur la situation de la liberté d’expression le 13 novembre, a posé un regard inquiet sur l’état du débat politique en France. Un pays où, pour reprendre Rochebin, « on ne s’écoute plus », contrairement à la Suisse. Quelques jours plus tard, c’est Claude Longchamp qui publiait sur Swissinfo le 5 décembre un éditorial qui expliquait pourquoi l’élection du Conseil Fédéral était déjà réglée, une semaine avant son déroulement. (...)Au final, la candidate des Verts n’a même pas fait le plein de voix à gauche montrant bien la force d’inertie de cette oligarchie qui nous gouverne et la pertinence de l’analyse de Longchamp. (...) Pendant que les deux journalistes livraient leurs analyses, la ville d’Onex a connu un implosion de son Conseil municipal et le lancement d’un parti municipal, à l’exact image de ce qui se passe à Vernier.Le fait que deux communes qui pèsent dans l’agglomération vivent le même événement ne doit rien au hasard de circonstances locales. Notre système politique est sous tension et ces tensions s’expriment par ces démissions trop nombreuses. Dans ces deux communes, plus de 20% des élus du Conseil Municipal siègent en indépendants. (...)

 

Pascal Décaillet: Fragments d'un transport amoureux (...) M. Dal Busco, M. Wauquier, M. L'Ambassadeur de France, Mme Sommaruga, ont bien parlé. Ils ont trouvé les mots pour dire la qualité d'un lien. La conseillère fédérale, quelque part entre la langue de Racine et celles de Roland Barthes (le second ayant d'ailleurs écrit des lignes inoubliables sur le premier), a parlé d'un "transport amoureux". J'ai aimé ces deux mots, ils étaient élégants, choisis, d'une élévation légère, pleine d'entrain. Le "transport amoureux" convient à une journée ensoleillée d'arrière-automne, où la sève de l'Avent mûrit nos patiences. La réalité du train-miracle sera-t-elle au niveau de cette heureuse trouvaille lexicale ? La permanence historique de la frontière, l'incroyable différence de nos deux pays dans leurs relations aux questions sociales, l'absolue nécessité de protéger l'emploi indigène à Genève, tant d'aggravations possibles du réel, tant de risques de rendre caducs ces deux mots de désir et d'envol : "transport amoureux". Je n'attendais pas ces mots-là de cette conseillère fédérale. Elle les a prononcés, et c'est tant mieux. (...)

 

Rolin Wavre: L’Etat doit faire réaliser une étude indépendante de la boucle Si les Administrations fédérales et cantonales, sous la pression des CFF vont de l’avant avec l’extension de Cornavin, le projet sera soumis à un inévitable enquête publique. Ces énormes travaux en pleine ville susciteront des oppositions. Les opposants pourront facilement avancer qu’une autre solution, celle de la boucle, éviterait presque tout inconvénient sur le tracé contesté, et répondrait beaucoup mieux l’intérêt général. C’est d’autant plus évident qu’au moment de l’enquête publique, la comparaison porterait sur la boucle d’une part et sur la seule 1ère étape du projet d’extension de Cornavin d’autre part. Pour en arriver à un résultat comparable, il faudrait mener à bien les trois étapes : la 1ère extension souterraine de Cornavin (objet de l’enquête publique), la seconde extension de Cornavin, et enfin la ligne « diamétrale » qui implique une nouvelle gare souterraine à Nations et une autre à l’aéroport, sous la gare existante de l’Aéroport. Ce serait donc une gare sous-souterraine. On devrait alors comparer le coût de la boucle (1 gros milliard) avec celui des trois étapes du projet de l’Etat (4,7 milliards), dont seul le premier tiers est financé. Et les délais de réalisation : une dizaine d’année pour la boucle, 30 ans minimum pour les projets des Administrations et des CFF. (...)

 

Anne Cendre: La dynastie Auberjonois bibliothèque, cherchant un ou deux volumes dont je pouvais me débarrasser pour faire un peu de place. Comme je possède plusieurs livres de Fernand Auberjonois, je décide d’en choisir un que je poserai dans la boîte à livres du rond-point de Plainpalais, sûre de susciter l’intérêt d’un futur lecteur. Or le lendemain, j’entends à la radio le décès de l’acteur René Auberjonois, fils de l’écrivain Fernand, petit-fils du peintre René. Ce qui, bien sûr, me remet en mémoire cette dynastie qui a marqué la culture romande, même si les États-Unis ont modifié son parcours. (...)

 

Pascal Holenweg: Une majorité pour Johnson ? (...) La campagne électorale britannique a été violente, scandée de menaces, d'injures, et d'une "rare pauvreté intellectuelle", témoignait dans "Le Courrier" la politologue Pauline Schnapper. Un parti mal en point (les conservateurs) est en position de gagner les élections britanniques, par lassitude du Brexit (mot d'ordre : qu'on en finisse, d'une manière ou d'une autre) et allergie à Jeremy Corbyn (plus qu'à son parti travailliste). Si les Conservateurs ne gagnent pas ces élections, le Royaume-"uni" se retrouvera avec un parlement sans majorité, ou une majorité de coalition improbable entre les travaillistes, les libéraux démocrates et les nationalistes écossais, gallois et irlandais. Ou alors, dans le statu quo : un parti conservateur et un Premier mninistre devant compter sur les voix des unionistes nord-irlandais (la droite protestante) pour obtenir une majorité. Dès lors, l'argument de campagne de Johnson est des plus simple : vous avez voulu le Brexit, je ferai le Brexit, je suis seul à pouvoir le faire. Du coup, il renvoie dans les cordes l'europhobe Nigel Farrage, pour qui l'accord négocié par Johnson avec l'Union Europépenne est une trahison : son parti est à moins de 5 % des intentions de vote, au niveau des nationalistes écossais -qui ne se présentent qu'en Ecosse… (...)

 

Philippe Souaille: 11/09 le Chemin de Damas Depuis 1895 au moins et Chekib Arsalan, le djihad est une affaire syrienne. Mais avec l'arrivée au pouvoir du clan Assad en 1970, cela prend une réalité très concrête, avec des retombées explosives dans le monde entier. C'est quasiment un mode de gouvernement. Et ça ne s'arrange pas avec Bachar el Assad, qui entretient dans ses geôles des centaines de réservistes du sacrifice suprême, endoctrinés dans les madrassas tenues en laisse par le régime et entraînés militaires dans les bases de l'armée de l'air. Il les lâche au compte-gouttes au gré de ses intérêts géopolitiques et parfois massivement, comme en 2003 pour aller mettre le souk en Irak... Ou en 2011, pour faire échec à une révolution pacifique au départ.

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