Ouf, les blogs sont bien indépendants des rédactions (21/12/2011)

conseil suisse de la presse.pngLe Conseil suisse de la presse vient de prendre une décision importante dans laquelle il consacre l'indépendance des blogs.

Un blog est un carnet de notes interactif personnel. Son contenu est clairement distinct de la partie rédactionnelle d'un site intermet d'un média. Un blog n'a donc pas à être traité comme une lettre de lecteur, note le Conseil suisse des médias dans une prise de position publiée cette semaine. Les blogs ne sont pas non plus des journaux soumis aux règles déontologiques des journalistes, car leur auteur, sauf s'ils font métier de journaliste, sont de simples citoyens qui exercent leur liberté d'expression.

Évidemment l'hébergeur peut toujours fixer, dans les conditions générales d'utilisation, des règles plus restrictives que celles qu'impose la loi, par exemple celle de refuser des contenus à caractère commercial, ce qui est le cas des blogs hébergés par la Tribune de Genève.

En revanche, le Conseil suisse de la presse met les éditeurs au pied du mur s'agissant des commentaires publiés sous les articles et dans les forums. Les commentaires devraient être signés comme le sont les lettres de lecteur publiées dans la version imprimée d'un média. En outre, ces commentaires devraient être filtrés a priori, comme le sont également les lettres de lecteur imprimées par un média. On lira sur le sujet l'avis de Daniel Cornu, médiateur d'Edipresse/Tamedia (éditeur entre autre de la Tribune de Genève).

Que pensez-vous de la prise de position du Conseil suisse de la presse?

 

Sur le sujet des commentaires et de l'anonymat, j'ai publié de très nombreux billets qu'on trouvera ici et .

Dans son commentaire, Daniel Cornu site la netiquette du site internet de la Badische Zeitung. Intéressante en effet, je l'ai traduite (avec l'aide de Google) ci-dessous:

Netiquette de la Badische Zeitung: Le trafic automobile sans  règle de circulation mène au chaos. Les débats sur Internet n'échappent pas à cette maxime. Cette nétiquette vise à créer une discussion factuelle,  de qualité, courtoise sur notre site. Nous demandons à tous les lecteurs d'adhérer aux règles suivantes:

  1. Soyez amical, juste et tolérant!Le ton fait la chanson, c'est le fondement d'une bonne discussion. Traitez les autres comme vous voulez être traité.
  2. Pour Participez à la discussion à la Baden-zeitung, vous devez vous enregistrer. S'il vous plaît indiquez votre vrai nom et prénom. Il n'est pas autorisé à poster des commentaires sous un pseudonyme ou un nom d'emprunt. Les comptes avec des noms de fantaisie seront supprimés par la rédaction.
  3. Partager l'information avec nous!Donnez-nous votre expertise et les autres lecteurs! Dites-nous vos observations comme un témoin oculaire! Posez des questions et dites-nous ce que vous voulez en savoir plus!
  4. Aidez-nous à bien faire les choses! Écrire un courriel à community@badische-zeitung.de , si vous trouvez une erreur factuelle ou d'orthographe.
  5. Pas d'attaques personnelles sur les autres utilisateurs! Des propos abusifs, racistes, sexistes, vulgaires, haineux ou violents ne sont pas acceptés par la Baden-zeitung.de.La même chose s'applique à des liens vers des sites similaires sur Internet.
  6. La publication de matériel protégé - par exemple, des articles complets à partir d'autres sites web - n'est pas autorisée.
  7. Les contenus publicitaires ou de nature commerciale seront effacés.
  8. La rédaction se réserve le droit de résilier les comptes des utilisateurs utilisant une fausse adresse email.
  9. Il est interdit de publier des informations privées (adresses, numéros de téléphone, adresses e-mail) dans les commentaires.
  10. Les propos hors-sujet ne sont pas les bienvenus.
  11. La rédaction se réserve le droit d'éditer ou de supprimer tout commentaire qui viole la netiquette. Les commentaires qui ne respectent pas ces règles. Vous pouvez nous alerter au moyen du lien «Signaler un abus» lorsqu'un commentaire ne respecte pas la netiquette.
  12. Si vous souhaitez informer l'éditeur que la contribution pourrait contenir une erreur, utilisez le "Rapport d'erreur".
  13. En participant aux discussions, vous acceptez les règles de la netiquette. En cas de violation, un participant peut être proscrit durablement. Il est interdit de s'inscrire sous un autre nom.
  14. Baden-zeitung.de essaie d'éliminer tous les commentaires contraires à cette netiquette. Néanmoins, il ne nous est pas possible de vérifier tous les messages. La rédaction en ligne du Verlag GmbH Freiburg et la Badische Zeitung ne peuvent pas être tenus pour responsables du contenu. Chaque utilisateur assume la responsabilité de ses contributions.
  15. Baden-zeitung.de se réserve le droit de publier les contributions des utilisateurs individuels dans d'autres médias, sans contreparties d'aucune sorte.
  16. En cas de problèmes techniques, s'il vous plaît envoyez un e-mail à community@badische-zeitung.de.

Nous espérons que vous apprécierez la discussion.

Bémol: On notera que la règle no 14 met un bémol à la netiquette du journal de Fribourg en Brisgau: "Baden-zeitung.de essaie d'éliminer tous les commentaires contraires à cette netiquette. Néanmoins, il ne nous est pas possible de vérifier tous les messages."

badische zeitung.pngTous signés: Cependant, les 75 commentaires postés sur Baden-zeitung.de, ce mercredi 21 décembre, entre minuit et midi sont tous signés. Le journal met d'ailleurs en exergue ces lecteurs en leur consacrant un bloc d'affichage dans sa page d'accueil. [Cliquez sur l'image à gauche pour voir à quoi ressemblent les commentaires de la Badische Zeitung.]

Anonymat du blogueur préservé: C'est l'occasion de rappeler une décision du Tribunal fédéral qui a annulé le 10 novembre 2010 un verdict de la justice zurichoise qui contraignait la télévision publique alémanique (SF) à donner l’identité d’un blogueur. Sous un faux nom, cet internaute avait rédigé un commentaire qui portait atteinte à l’honneur d’une tierce personne. Plus ici.

 

Discussion: Sur le fond, la décision du Conseil suisse de la presse soulève de nombreuses questions. L'analogie avec le trafic automobile posée par la Badische Zeitung nous aidera à comprendre les limites pratiques de cette décision de principe.

Les règles de la circulation servent en effet a éviter le chaos. Elles sont cependant bien incapables d'éviter les accidents. Dans un but de prévention, l'Etat engage toute une série de mesures pour en diminuer l'occurrence. Les radars sont du nombre. La surveillance des commentaires participent de la même fonction.

Les automobilistes sont responsables en premier lieu. Leur nom ne figure pas en grosses lettres sur la carrosserie de leur voiture. Ils peuvent d'ailleurs  prêter leur véhicules et personne n'a à savoir qui est au volant ni ce que le véhicule transporte, sauf la police en cas d'accident ou de contrôle.

Les internautes sont responsables de ce qu'ils publient. Les rédactions peuvent être amenées par décision de justice à fournir l'identité d'un internaute qui aurait violé la loi. Elles exercent en outre, soit directement soit par délégation, un contrôle a posteriori des contenus postés par les internautes. C'est le cas de la Tribune de Genève qui a confié la surveillance des commentaires à la société Netino

L'analogie avec les lettres de lecteur n'est pas pertinente. La gestion des lettres de lecteur s'impose autant par précaution que par la nécessité de sélectionner les lettres en raison du fait que l'espace dévolu au courrier des lecteurs est physiquement limité. Sur le net l'espace est illimité. On notera aussi qu'on ne peut pas effacer ce qui est imprimé, tandis qu'on peut corriger en tout temps un site internet.

En revanche, on peut limiter la publication des commentaires dans le temps (15 jours comme le fait le journal La Provence) et mettre en place des alertes, ce que fait le site de la Tribune en offrant la possibilité de "Signaler un abus". On peut aussi limiter l'accès aux abonnés comme le fait Le Monde.

La plate-forme de blogs de la Tribune offre toutes les solutions aux blogueurs. Ils peuvent fermer les commentaires, les ouvrir pendant un temps déterminé, les filtrer a priori ou a posteriori. Tout cela est de leur responsabilité.

Elle est étrange cette société qui veut imposer une censure a priori des internautes mais qui voit bien qu'il serait disproportionné d'interdire tout trafic illicite sur un territoire, sauf à placer un gendarme à côté de chaque habitant. Et encore!

 

 

 

08:45 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : presserat, commentaires, anonymat, badische zeitung | |  Facebook |