Quand vous promenez votre mulot

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souris-ordinateur-416px.jpgHier, un internaute m'a demandé comment faire pour voir d'autres notes dans un blog. Sa question m'a surpris. "Il suffit de cliquer sur le titre du blog" lui ai-je répondu, me rendant compte soudain que ce qui était évident pour moi ne l'était pas forcément pour tout le monde.

Il y a encore des tas de gens qui n'ont pas remarqué que le curseur change de forme et signale ainsi un élément (texte ou image) actif, cliquable, donnant donc d'un clic l'accès à autre chose: souris et clic sont à l'informatique ce que le gouvernail est à un navire: le moyen de naviguer sur la toile.

C'est alors que l'affaire du mulot et quelques autres histoires des origines de l'ordinateur personnel me sont revenues à l'esprit...

 

Le mulot c'est le nom qu'un jour donna à la souris - le dispositif manuel de pointage des éléments affichés sur un écran d'ordinateur - qu'un Chirac  plus doué pour le salon de l'agriculture que pour l'univers des puces et des souris. Le mot est resté célèbre sur la toile francophone. Il se moque un peu facilement des gens que les ordinateurs et plus généralement les outils techniques modernes effrayent.

Des gens qui ne savent pas ce qu'est une puce ou une souris en informatique, il y en a plus qu'on ne le pense. Et pas seulement dans la tranches d'âge pré-puces. Des gens qui n'osent pas ou plus afficher leur handicap de peur d'être moqué et qui boudent donc l'ordinateur ou angoissent à l'idée de devoir approcher un clavier (on ne dit pas piano informatique contrairement à la cuisine).

Bref connaître les mots pour le dire et surtout leurs sens et leurs usages éviteraient bien des maux. Deux petites histoires à ce propos pour dire que le handicap n'est jamais chez les gens qui ne savent pas mais chez les ingénieurs qui ne sont pas assez ingénieux (mais qui heureusement le deviennent).

La première histoire remonte au temps déjà ancien où la SNCF décida d'installer les premières billeteries automatiques dans les gares. Un appareil rustique mais efficace. Il n'avait qu'un défaut, un petit écran à cristaux liquides - une merveille pour l'époque - affiche que l'appareil ne fait pas l'appoint. (L'histoire est vraie. Toute ressemblance avec un appareil des TPG encore en service...). Le mot apppoint est un mot français qui n'a rien à voir avec l'informatique mais qui n'appartient pas à la collection basique du vocabulaire du quidam lambda.

Lequel quidam effrayé par le jargon craignant d'y perdre et son latin et ses sous, fait la queue devant le guichet et demande au guichetier: ça veut dire quoi ne fait pas l'appoint? Formé à répondre à toutes les questions, le guichetier renseigne le quidam et dit: ça veut dire que l'appareil ne rend pas la monnaie. Merci Monsieur répond le quidam qui malgré sa phobie des appareils tente sa chance.

Arrive un deuxième, puis un troisième et un quatrième quidams qui posent la même question. Le guichetier dont les connexions fonctionnent sous sa boîte cranienne adressent une note de service demandant qu'on veuille bien 1) installer des apareils qui rendent la monnaie, 2) trouver une solution pour lui éviter de répondre vingt fois par jour à la même question idiote.

Trois mois plus tard et 1200 questions plus tard, ne voyant rien venir, le guichetier répète sa question par la même voie de service. Trois mois plus tard, au bord de la crise de nerf, le guichetier contourne la voie de service. Sans plus de succès. Un an plus tard, il écrit au PDG de la SNCF. Lequel lit sa lettre et interpelle un sus-fifre (il n'y a pas de fifre ni de sous-fifre à cet étage). Lequel ameute le fifre, lequel commande une réponse à un  sous-fifre. Trois mois plus tard, la réponse au remonte au PDG qui la fait suivre au guichetier. Les appareils sont hard-codés impossible de changer les messages autrement qu'à la main ça coûterait des millions de francs. Le PDG qui n'est pas PDG pour rien décide alors de faire coller sur toutes les billeteries de la SNCF ce message: faire l'appoint signifie que l'appareil ne rend pas la monnaie. L'histoire ne dit pas si le trop perçu a été versé à des oeuvres de charités.

La seconde histoire,... je vous la raconterai bientôt. Bonne journée. (JFM)

Commentaires

  • Juste une petite précision: l'appelation de mulot ne vient pas de Chirac. C'est une invention des Guignols de l'info de Canal+, après que celui qui était à l'époque président de la république française a demandé "Qu'est-ce que c'est la souris." alors qu'on lui montrait un système de recherche informatique je ne sais plus où.

  • A propos des automates des TPG qui ne rendent pas la monnaie d'accord, (cela va bientôt changer) mais hier je suis allé à Lausanne et je vous assure que les automates des transports des transports lausannois s'ils rendent la monnaie sont à mon avis bien plus compliqués que ceux de gve. A 11h. du matin devant la gare je n'ai pas réussi à trouver un employé ou quelqu'un pour qu'il me donne un conseil, et je n'était pas le seul dans cette situation nous étions 4 personnes devant l'appareil à essayer de comprendre. Nous avons tous pris un billet a 2,60 et nous sommes montés dans le bus. Comme quoi l'herbe est toujours plus verte ailleurs.

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