Ils écrivent et bloguent sur blogres.blog.tdg.ch

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bagnoud béguin rebetez.jpgQuatre cent vingt billets, plus de mille trois cents commentaires, près de 7000 visites durant le mois d'avril, blogres.blog.tdg.ch est un des très bons blogs de la Tribune. Une aventure éditoriale collective aussi. Durable, régulier, informatif, (im)pertinent.

A l'origine, il y a Alain Bagnoud, Pierre Béguin, et Pascal Rebetez. Au fil des mois, il y eut, il y a Chiachiari, Bimpage, Moeri, Olivier et quelques autres. Ils bloguent sans faille ou presque depuis octobre 2007. Entretien avec le trio père ou mère de Blogres en marge du Salon du livre.

Vous vous sentez père, mère, compère de Blogres?

- Pascal Rebetez (PR): Compère, pour le côté renard et fouineur du terme. Alain Bagnoud (AB) et Pierre Béguin (PB) : L'idée d'un blog collectif nous a particulièrement séduits. Blogres est l'occasion de réunions amicales et littéraires trois ou quatre fois par année. AB : J'ai un blog personnel où je publie des billets plus subjectifs.

Blogres?

- PR : C'est la contraction de blog et d'ogres à cause de notre propension à la boulimie de lecture et aussi pour faire un peu peur aux enfants trop sages. PB. On voulait être un peu mordant. AB : Pierre a le ton pour ça. Il a publié quelques billets qui ont fait jaser notamment sur la question du droit de réserve des fonctionnaires. PB : Il faut en effet un peu de rage citoyenne, sans doute l'esprit d'Arare, dont je suis originaire... [ndlr : Arare est un peu un village gaulois - une principauté - qui a été le premier à bloquer la rue du village avec d'énormes pots de fleurs. L'occupation a fait depuis des émules]

Quel bilan depuis octobre 2007?

- PR : Ecrire tous les jours, c'est comme maigrir : encore faut-il suivre le régime... AB : Pour un écrivain, c'est une manière d'avoir un contact régulier avec quelques-uns de ses lecteurs, un peu comme un musicien en concert. PB : Je suis encore surpris par la liberté qu'offre le blog, ça fait du bien de pouvoir s'exprimer spontanément. J'apprécie aussi l'interactivité, même si parfois certains commentaires récurrents sont un peu fatigants.

Le blog, qu'est-ce? Une échappée belle, une discipline?

- PR : une échappée belle, un moyen de se faire lire, entendre. PB : Je crois que c'est tout simplement un nouveau genre littéraire. Le blog permet de mélanger les genres dans un même ouvrage. On peut y parler de soi, des autres, publier des billets d'humeur, des critiques, des portraits, des poèmes, des images fixes ou animées, des sons

Bloguer, une mode passagère, une révolution à la Gutenberg?

PB : Dans sa forme actuelle c'est sans doute un mode, mais le fait que tout un chacun puisse désormais publier gratuitement est un mouvement de fond dont on n'a pas encore mesuré les conséquences.

Au fond, pourquoi si peu d'intellectuels suisses sont présents sur le net? Je pense notamment aux professeurs.

PB : J'avais comme professeur de français créé un programme d'analyse de texte il y a quelques années. Quel crime n'avais-je pas commis. Mettre Proust dans un ordinateur c'était pour la plupart de mes collègues une infamie. La méfiance n'a pas diminué. Le blog a une réputation de café du commerce. Les intellectuels ont toujours de la peine à se jeter dans un bain de foule.

AB : Cette année à l'Ecole de culture générale pour adultes j'ai demandé à mes élèves que j'avais invité au théâtre de rédiger une critique. Ils étaient enthousiastes à l'idée de publier dans un blog. La direction de l'Ecole m'a rapidement fait savoir que la publication sur le site de l'Ecole était suffisante.

L'audience, les commentaires, c'est important?

- PB : On est toujours heureux d'avoir un peu d'audience. Quant aux commentaires, on voudrait que tous soient pertinents... et on regrette que quelques abonnés croient utiles de distiller leur science parfois dans des expressions détestables. Mais nous avons pris le parti de laisser ces commentaires, même s'ils polluent notre blog.

Des auteurs au XIXe ont publié leurs œuvres en feuilleton dans des journaux. Quels rapports entre le blog et l'édition d'un livre?

- AB : plusieurs auteurs utilisent leur blog comme banc d'essai. Je pense à L'autofictif d'Eric Chevillard, à Passion de lire de Jean-Louis Kuffer, à François Bon qui publie Tiers Livre.

Le livrel tuera-t-il le livre?

- PR : Ah mais bon sang, c'est du roman noir! AB : Le support va changer c'est sûr. Quel rêve comme enseignant quand tous les élèves auront un livrel et que l'on pourra télécharger sans frais les œuvres du monde entier. PB : Le livre restera un objet qu'on aimera posséder. Que deviendront nos bibliothèques, nos bureaux sans livres. Ces étagères me manqueront. Comment dédicacer un livre électronique ? AB : c'est une affaire culturelle. Les cartes de vœux électroniques remplacent, doublent, complètent les cartes de vœux imprimées.

Editeur sur Internet, un nouveau métier?

- Le travail de la sélection, de la première lecture critique demeurera toujours. Despot chez Xenia édite aussi bien des livres imprimés que des livres électroniques.

Au fond, pourquoi bloguez-vous ?

- PR : Pour exister un peu, entre deux livres. Par paresse, par exhibitionnisme, mais aussi parce que ça compte et c'est essentiel de participer au forum et à la défense active de la liberté d'expression. PB et AB : Rien à ajouter.

Propos recueillis par JF Mabut

 

Commentaires

  • Précision: « La direction de l'Ecole m'a rapidement fait savoir que la publication sur le site de l'Ecole était suffisante. » La formulation de mes propos laisse supposer qu'il y a eu censure et interdiction, ce qui n'est pas le cas. Il serait plus exact de dire simplement ceci: « L'école a plutôt proposé que ces comptes-rendus soient publiés sur son site. »
    D'autre part, je tiens à préciser que si certains enseignants blogueurs se sont vus parfois rappeler leur devoir de réserve (ce qui est une raison possible de la rareté des professeurs sur le Net), je n'ai jamais eu de la part de ma direction la moindre remarque ou la moindre pression en ce qui concerne ce que j'écris.

  • Bonjour. Vous savez tous où se réunissaient les intellectuels de Paris dans les années 60. Au Café de Flores... et partout dans la capitale, cela grouillait de personnalités qui vivaient, échangeaient, fumaient... en côtoyant le simple ouvrier, la serveuse du bar, le chômeur, la prostituée du lieu. Et puis, les intellos se sont retirés en des lieux plus branchés, plus séparés du petit peuple de racailles. "Pardon, ces gens-là ne sont pas de notre bord et de notre niveau social". Et une partie des intellos continuent à snober le petit peuple. "Les blogs? Non mais...c'est qui ces gamins et ces vieux bougons qui viennent semer leur zizanie sur un fond de café du commerce et de commères du village. Nous, bloguer?, faudrait pas pousser. On est des gens sérieux, chics, bien éduqués. On ne va pas se mêler à cette racaille". Et c'est comme cela que les intellos se sont coupés du monde, que la culture a perdu la bataille sur la sous-culture médiatique, que le manque de créativité, d'art, de chaleur humaine est apparu en masse. Quand on ne va plus au combat parce que l'on se prend pour des généraux au-dessus du peuple et qu'on laisse les soldats se battre et se débrouiller seuls sur le terrain, et bien c'est la culture qui perd et la barbarie qui gagne. Mesdames et Messieurs les intellos, il est temps de revenir au Café de Florès. Bonne journée et bonne fin de Salon du Livre.

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