Xavier Comtesse: On a déjà donné la vue aux machines !

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vision artificielle.jpgXavier Comtesse: On a déjà donné la vue aux machines !

Jacques- Simon Eggly: Tous un peu racistes

Pascal Décaillet: Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être !

Didier Bonny: « Pentagon Papers »

Colette Museur: Marginalisation

Jean-Noël Cuénod: Tankas des masques

Gérard Meyer: Sars-Cov2 : il fait exploser notre modèle

Sylvie Neidinger: La réalité raciste des USA démolit l'image ”démocratique” du pays

Xavier Comtesse: On a déjà donné la vue aux machines ! Dans ces temps troublés, on perd de vue l’essentiel. Mais notre siècle sera celui des machines voyantes. La réalité est bien là. L’IA et en particulier le Machine Learning (ML) ont apporté la vue aux machines. Mon téléphone mobile reconnaît mon visage et débloque l’accès à ses fonctionnalités, les caméras des aéroports voient les visages et identifient les gens suspects, les voitures autonomes se déplacent dans le trafic urbain en reconnaissant les objets typiques de nos villes, les machines-outils à commande numérique repèrent les pièces défectueuses et se reprogramment, etc. Bref, les machines voient. On a transféré un de nos « cinq » sens aux machines. C’est énorme. (...) Entendre et parler : c’est ce que font Siri (Apple) ou Alexa (Amazon). Voir : c’est ce que font les caméras de Vidi Cognex (Fribourg-Boston). Toucher : L’EPFL travaille sur un projet de doter le robot « iCub » d’une « peau » artificielle qui par ses capteurs, permettra à ce petit robot humanoïde de la taille d’un enfant, d’acquérir un sens précis du toucher. Sentir et goûter : Les parfumeurs comme Givaudan et Firmenich travaillent dessus. (...)

 

Jacques- Simon Eggly: Tous un peu racistes (...) Mais revenons au racisme en général. Passionnante lecture des mémoires de André François-Poncet, ambassadeur de France en Allemagne de 1931 à 1938. Il nous fait comprendre comment se sont conjugués le ressentiment né des conséquences de la première guerre mondiale, du vieux nationalisme germanique et le développementent d’un anti-sémitisme ayant lui aussi des racines anciennes. On comprend mieux, médusés, comment tant d’Allemands ont accepté, ou n’ont pas voulu voir cette marche vers l’horreur. Le racisme a trouvé à ce moment son expression ultime et monstrueuse, transformant un appareil d’’Etat en criminel contre l’humanité. Mais, en deçà de ce degré d’horreur, le racisme ordinaire est le virus le plus partagé du monde. Même ceux dont la mémoire porte le poids terrible du racisme subi, les Juifs d’Israël, —-bien sûr pas unanimes—, ont ces réflexes de discrimination de monopolisation d’un territoire envers ceux qui n’ont pas la même identité historique et religieuse. Soyons lucides. Ce réflexe discriminant , fût-il sous une forme douce, accompagne partout et toujours le parcours de l’humanité. (...)

 

Pascal Décaillet: Pourvu qu'elles meurent, avant que d'être ! Même dans notre bonne Suisse, pays libéral sur le plan de la pensée, cette liberté n'existe pas, autrement que comme intention posée. Un principe intellectuel, tout au plus. En réalité, y a des choses, tout simplement, qu'on ne peut pas dire. Soit parce qu'elles sont interdites (à tort ou à raison, chacun jugera) par la loi. Soit, plus sournoisement, parce que les énoncer vous exposerait à tellement d'ennuis qu'à la réflexion, après avoir hésité un moment, vous préférez renoncer. Pourquoi s'incendier l'estomac, se torturer d'insomnies, si on peut l'éviter ? (...) En vérité, je ne suis pas sûr que nos sociétés européennes de 2020, la Suisse, la France, l'Italie, l'Allemagne, soient intellectuellement beaucoup plus libres que celles d'il y a 100 ans, ou 150, dans les mêmes pays. Pour avoir longuement travaillé sur la presse française et suisse romande des années Dreyfus (1894-1906), avec la folie de ses passions et de ses antagonismes, je suis même persuadé du contraire. La presse de cette époque-là était sanguine, excessive, injuste, fébrile, enflammée, dégueulasse même parfois. Mais elle était plus libre que celle d'aujourd'hui. Je ne dis pas meilleure, je dis plus libre. Alors ? Alors, rien ! Je n'ai rien d'autre à ajouter. (...)

 

Didier Bonny: « Pentagon Papers » Le film a tout pour plaire : un réalisateur chevronné, Steven Spielberg, deux acteurs principaux prestigieux, Meryl Streep et Tom Hanks, et un sujet passionnant, la liberté d’expression. Dans le contexte américain actuel, avec un Donald Trump qui ne se gêne pas d’attaquer les médias, le rapprochement avec les événements qui se sont déroulés en 1971 est vite fait. Et Steven Spielberg ne s’en cache pas. (...) le film décolle quand il entre dans le vif du sujet et devient franchement intéressant. On se met alors à apprécier la mise en scène, la reconstitution minutieuse d’une rédaction du début des années 70 et le côté résolument féministe du film incarné par une Meryl Streep, comme toujours excellente. Au final, et malgré cette seconde partie plutôt réussie, le bilan est globalement décevant pour un film dont on attendait beaucoup plus sur le…papier. Inédit. 2 étoiles. « Pentagon Papers ». RTS 1, lundi 8 juin, 20h40.


Tous les jours une nouvelle revue des blogs hébergée par @tdg.ch. Les blogs sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils n'engagent pas la rédaction de la Tribune.


Colette Museur: Marginalisation Ce livre d’Eduardo Galeano intitulé “Mujeres”-Femmes, pas (encore?) traduit en français, paru en 2015, juste après son décès, est un parcours de vies de femmes à travers près de 2500 ans d’histoire. Paradoxes, contradictions, luttes, sacrifices, condamnations et réussites de femmes aussi différentes que Cléopâtre, Artémise, Frida Kahlo, Eva Perón, Camille Claudel ou Marylin Monroe… “ Galeano nous amène à réfléchir sur la conception légale, philosophique et religieuse qui donna un cadre institutionnel à la marginalisation de la moitié de l’humanité. C’est ainsi qu’il nous rapporte les mots d’Aristote sur les femmes: “La femme est comme un homme difforme. Il lui manque un élément essentiel: l’âme”. Son artillerie littéraire pointe aussi le Code Civil de Napoléon édité en 1804, qui sert encore de modèle juridique dans le monde, dans lequel les femmes furent privées des droits fondamentaux, “comme les enfants, les criminels et les débiles mentaux...” (...)

 

Jean-Noël Cuénod: Tankas des masques Avec masques, sans masque, les humains étouffent comme des pâquerettes dans l’herbe touffue. Sous le genou du pouvoir. Etranglés par les mensonges. Asphyxiés par leur propre cupidité. En entrant dans l’état de poésie, on ne quitte pas le monde, on le transforme. Pour le meilleur, en filtrant le pire. A lire et à ouïr, la 11e série des Tankas covidiens. (...)

 

Gérard Meyer: Sars-Cov2 : il fait exploser notre modèle J’ai souvent dénoncé les médias pour leur surréaction à la pandémie. Les titres des articles sont systématiquement racoleurs et outranciers. Ex : « Le village autrichien qui a infecté la moitié de la Norvège ». Alors certes, il y a eu une station de sport d’hiver qui peu avant le confinement a vu passer des hordes de vacanciers skieurs européens dont certains ont été infectés par un barman. Mais « la moitié de la Norvège » ? Là le journaliste est vraiment tombé à côté car la Norvège est justement un des pays d’Europe qui a le moins de cas (un peu plus de 50 décès par million d’habitants alors que la Suisse est à 220 et la France à un peu plus de 420. Donc de deux choses l’une, ou les Norvégiens ont un système immunitaire en béton, ou le journaliste a écrit n’importe quoi. Quant aux photos, regardez celle qui orne ce jour un article dans la TDG sur l’expansion de la pandémie en Amérique latine : un champ avec des fosses et des croix à perte de vue. Je trouve cela HONTEUX ! Cela dit, les médias n’ont pas le monopole de l’outrance, voire de la bêtise. Les épidémiologistes qui ont guidé les gouvernements ont eu une attitude trouble. (...)

 

Sylvie Neidinger: La réalité raciste des USA démolit l'image ”démocratique” du pays (...) Le problème N°1 est que en 2020, la mentalité esclavagiste perdure. Le problème N°2 est que les Etats-Unis vantent leur modèle démocratique comme phare du monde. Souvent par la voie militaire: ils s'appuient d'ailleurs sur cette base pour "justifier" leur politique étrangère jusqu'à engager des conflits. Ici une analyse de la promotion de la démocratie post guerre froide. Autre analyse par Stephen Walt professeur de Harvard dans un article paru dans Foreign Policy en 2016 : il constate que les tentatives d'exportation de la démocratie ont justement échoué. Parmi ses arguments, le constat qu'on exporte mal la démocratie par la violence militaire. (...) Au delà du racisme, les USA sont inégalitaires. Les protections sociales faibles, l'accès aux soins: difficile. Les actuelles manifestations montrent évidemment les populations "noires" en colère mais aussi de nombreux autres: blancs, hispaniques etc. en solidarité avec eux. Une partie de l'Amérique est révoltée, à juste titre. (...)

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