Jacques-Simon Eggly: Le mariage pour tous et le droit à l’enfant

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deux petites filles de dos ldr.jpgJacques-Simon Eggly: Le mariage pour tous et le droit à l’enfant

Jean-Noël Cuénod: ”I can’t breathe !” L’ère sans air

Michèle Roullet: Manif à Genève contre le racisme, où va-t-on ?

John Goetelen: Comme les talibans, rasons le passé !

Vincent Schmid: Gone with the Wind

Didier Bonny: « De Gaulle » : pour mieux connaître l’homme

Pascal Holenweg: 14 juin, un an après

JF Mabut: Moins de 11% de Genevois infectés

Maurice-Ruben Hayoun: Jean-Paul Sartre, Plaidoyer pour les intellectuels

Jacques-Simon Eggly: Le mariage pour tous et le droit à l’enfant (...) Soyons clair. Dans une société libérale, avec un état laïque de surcroît, chacun doit pouvoir vivre son existence en toute liberté sexuelle ; exclusion étant faite des pulsions violentes et criminelles, bien sûr. Les homosexuels, hommes et femmes, ont donc droit au même épanouissement que les hétérosexuels. On ne saurait non plus regretter la disparition de quelques discriminations persistantes encore liées au statut actuel du PACS. Non, la question légitime que l’on a le droit de se poser concerne les enfants. Elle se pose déjà, d’ailleurs, en ce qui concerne les couples hétérosexuels. Nous sommes entrés dans une époque où se proclame quasiment un droit à obtenir un enfant ; quelle que soit la manière dont on l’obtient. Cette ouverture laisse encore plus songeur lorsqu’il s’agit de couples homosexuels. (...) Ce qui est devenu politiquement correct n’est pas forçément une réussite incontestable. Le Progrès avec une majuscule n’existe pas. Il y a des psychiatres, des psychologues, des penseurs,—sans doute minoritaires aujourd’hui—, qui s’interrogent. Un enfant né dans ces conditions, avec deux hommes ou deux femmes reconnus officiellement comme étant ses parents, n’aura-il pas une difficulté à trouver, à développer son identité ? L’amour des adultes partenaires n’est pas tout dans cette affaire. (...)

 

Jean-Noël Cuénod: ”I can’t breathe !” L’ère sans air Par une curieuse mais fort évocatrice conjonction, les événements majeurs de ce premier semestre 2020 sont illustrés par un symbole commun, le souffle ou plutôt sa brutale suppression. Comme si l’air s’était retiré de notre monde. Entre l’Afro-Americain étranglé par un flic et le malade atteint du coronavirus en phase aiguë, un seul appel vibrant sur le fil de l’angoisse : « Je ne peux plus respirer ! ». Rien à voir entre les deux ? Tout à voir au contraire. Notre ère est celle de l’air qui manque. Bien avant que la Covid-19 ne lance ses attaques sur nos poumons, la pollution étouffait les grandes villes. Et les étouffe encore car les effets bénéfiques du confinement seront vite dissipés par les miasmes habituels. (...) Pour reprendre notre Souffle, pour qu’il revivifie à nouveau chaque humain et l’humanité, il nous faudra changer, radicalement, d’ère. D’un souffle en guise de point final, cet extrait de Lettera Amorosa de René Char : L'air que je sens toujours prêt à manquer à la plupart des êtres, s'il te traverse, a une profusion et des loisirs étincelants.

 

Michèle Roullet: Manif à Genève contre le racisme, où va-t-on ? (...) Que le meurtre de Georges Floyd ait ému le monde, c’est une saine réaction. En revanche, établir un parallélisme entre les Etats-Unis et la Suisse est grave. Aux USA, le racisme envers les noirs fait partie de l’ADN de ce pays. (...) Il n’est certes pas facile d’agir contre le racisme. Mais, ce n’est certainement pas en défilant dans les rues, en moralisant la société qu’on le diminuera. La littérature pourrait être un recours plus précieux ! A cet égard, le roman de Philipp Roth, « La tache », est vivifiant. Il débute sur un incident banal avec un doyen d’une université américaine, accusé d’avoir tenu un propos qui, dans la bouche d’un noir serait anodin, mais venant d’un blanc est raciste. Or, ce dernier préfèrera démissionner plutôt que de livrer son secret… (...)


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John Goetelen: Comme les talibans, rasons le passé ! La destruction des bouddhas de Bâmiyân avait suscité l’indignation du monde occidental. Pourtant ici aussi on abat les statues de personnages ou de symboles déclarés indignes. Ici aussi des progressistes veulent effacer et réécrire l’Histoire en commençant par en exclure tout ce qui n’est pas bien. (...) Dans l’idéologie progressiste le passé est rejeté au profit d’une modernité supposée heureuse, bien que purement hypothétique. « Du passé faisons table rase »: ce slogan s’infiltre comme une maladie. Qu’il s’agisse d’assombrir à l’excès les temps anciens, de diviser la société entre les bons et les mauvais, de couper la filiation entre l’homme et la nature, de dresser les femmes contre les hommes en victimes totales dénuées de toute existence avant 1950, entre autres, le progressisme voit le mal dans tout ce qui ne date pas de ce matin. Et cela marche. (...)

 

Vincent Schmid: Gone with the Wind Mardi dernier la plateforme HBO a retiré de son catalogue le classique du cinéma Autant en emporte le Vent sous prétexte de racisme et de révisionnisme. Retrait temporaire puisqu’il est question de «contexualiser» l’œuvre par un avertissement avant de la remettre dans le circuit. Intrigué par la polémique qui s’en est suivie, j’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai visionné le film dans sa version originale avec les sous-titres anglais (je l’avais vu il y a fort longtemps en français) pour être certain de ne manquer aucun dérapage verbal potentiel. Ma conclusion est que les tenants et aboutissants de la polémique sont tout simplement incompréhensibles. (...) beaucoup de bruit pour rien. Mais alors que se passe-t-il ? Nous sommes sans doute victimes selon moi d’une stratégie marketing perverse de la part des grands groupes qui possèdent les plateformes de streaming. Surfant sur la mode victimaire et racialiste qui déferle en ce moment hystérisée par les récents évènements étasuniens, d’habiles communicants ont créé cette affaire de toute pièce pour permettre aux marchands d’images de se refaire une virginité au goût du jour. Et chacun de tomber dans le panneau en s’invectivant à qui mieux mieux, même si beaucoup ne semblent pas avoir pris la peine de voir ou revoir le film… (...)

 

Didier Bonny: « De Gaulle » : pour mieux connaître l’homme (...) Quand le réalisateur Gabriel Le Bomin a commencé à réfléchir à un sujet de film sur le personnage historique du général de Gaulle, il a pris l’option de s’intéresser au « de Gaulle « illégitime » : l’homme de juin 1940 qui dit « non ». C’est sans doute le moment où il est le plus fragile, le plus intéressant donc le plus humain…Car sous tendu à ce projet, il y avait l’ambition d’accéder à l’intime. » C’est la raison pour laquelle le film met tout autant en avant les rôles de mari et de père de famille de Charles de Gaulle, avec notamment sa belle relation avec sa fille trisomique, que celui de résistant. (...) Porté par un Lambert Wilson qui en fait juste ce qu’il faut pour être crédible dans le rôle du général et une Isabelle Carré très convaincante en épouse et mère qui affronte avec courage et détermination les différentes épreuves, le film se laisse voir sans ennui et permet d’en apprendre plus sur l’homme de Gaulle. (3 étoiles) (...)

 

Pascal Holenweg: 14 juin, un an après (...) La grève féministe est un moment de refus de l'ordre des choses -mais aussi un programme pour le changer. Ce programme ("nos vies passent avant leurs profits") tient en seize revendications, donc chacune pourrait, si ce n'est déjà fait, être traduite en décisions des parlements municipaux et cantonal. On vous les résume : (...) Le combat pour l'égalité, la dignité, l'autonomie des femmes, le combat contre les remugles du patriarcat, ne peut être arrêté par un virus. Pas plus que la crainte du covid n'a pu empêcher plus de 10'000 personnes de dénoncer le racisme mardi dernier dans les rues de Genève -le collectif genevois pour la grève féministe avait d'ailleurs appelé à la manif "parce que nous sommes proches de nos sœurs et des personnes oppressées partout ailleurs, qui subissent la cruauté de ce même système capitaliste, patriarcal et raciste, nous dénonçons les discriminations et les violences (notamment policières!) dont les noir.e.x.s sont les victimes partout, des Etats-Unis à l’Amérique du sud, ainsi qu’en France, en Belgique, en Suisse. Être noir tue. Être femme* tue. Être LGBTIQ*/tue. Nous avons en commun nos oppressions et nous luttons pour un monde meilleur pour tou.te.x.s!". Le féminisme est un humanisme. Parole de vieux mâle cisgenre.

 

JF Mabut: Moins de 11% de Genevois infectés (...) Mais pouvait-on échapper à ce qui s'apparente à un accident et à ses conséquences? Une collision frontale peut tuer et ruiner deux familles. La pandémie est une forme de fatalité, un choc, la chute d'un astéroïde. Nos gouvernants ont gérée l'accident comme ils ont pu, copiant plus ou moins ce qui se faisait chez les voisins, rajoutant ici une couche de précaution, comme l'arrêt des chantiers à Genève, ou prenant le risque, comme en Suède, de ne pas fermer les écoles. Faute d'un débat politique pour cause de confinement et aussi parce que nous devions faire et avons fait front commun face au danger supposé ou décrit, certains cherchent par tribunaux interposés des responsables et réclament des comptes qui aux politiques, qui aux directeurs de la santé ou d'EMS. C'est leur droit, mais quel est leur devoir? Dans quel état j'erre? Ce sont aux parlements de s'interroger sur les responsabilités. Ainsi, en Suisse, championne du monde de la protection civile et des assurances, n'avons-nous pas collectivement failli en ne réorientant pas notre Protection civile à se préparer à d'autres catastrophes - épidémique, climatique, démographique - que la guerre et l'accident nucléaire? Quelle est la probabilité ce matin de rencontrer un porteur du virus infectieux et d'être infecté par lui? (...)

 

Maurice-Ruben Hayoun: Jean-Paul Sartre, Plaidoyer pour les intellectuels Ce fut une excellente idée de rééditer ce livre qui traite d’une question presque éminemment française, touchant à l’essence, à la place et au rôle de l’intellectuel dans la société. Ce livre est donc le recueil de trois conférences prononcées par Sartre au Japon en 1966. La date n’est pas anodine puisque deux ans plus tard, c’était mai 68 et à ce moment-là, le philosophe le plus célèbre au monde changea lui-même de perspective et d’action puisque de philosophe, d’intellectuel, il devint simple militant maoïste de la Cause du peuple . Mais il faut d’abord lire très soigneusement la lumineuse préface de Gérard Noiriel qui contextualise l’enjeu du débat. Ce n’est pas le fuit du hasard si Sartre a publié ce petit recueil à ce moment précisément. Une série d’événements nouveaux étaient intervenus, modifiant la situation intellectuelle de pays. D’autres voix s’étaient fait entendre, n’épargnant pas au vieux philosophe les plus acerbes critiques. Deleuze, Derrida, Foucault, Lacan, etc… Il est inutile de rappeler que ce terme d’intellectuel réfère une situation historique spécifique avec pour arrière-plan le procès d’Alfred Dreyfus (...)

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