Houda Khattabi: Mais pourquoi a-t-on manifesté au juste ?

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manif antiraciste lausanne 2010 reuters.jpgHouda Khattabi: Mais pourquoi a-t-on manifesté au juste ?

André Naef: Basquiat et les violences policières contre les Noirs

Bernard Comoli: Le Brésil, le Covid-19 et la protection des peuples indigènes

Marc Schindler: Vaccin, la peau de l'ours

Daniel Sormani: Accueil des sans abris

Pascal Décaillet: Le tragique, l'obscur, l'essentiel

David Frenkel: Sus aux couleurs antisémites, quelles soient blanches ou noires !

Claude Bonard: Les suites du Sac de Lyon et Genève

JF Mabut: Kanann empaille-t-il ses directeurs de musée?

 

Houda Khattabi: Mais pourquoi a-t-on manifesté au juste ? “C’est beaucoup plus facile d’être contre le racisme quand on habite à Neuilly que quand on habite à Saint-Denis... moi les étrangers, je vis avec, alors je ne peux plus les saquer ! ». Dans La Crise, Michou, chômage sans le sou sort cette phrase culte en toute décontraction, un sourire paisible aux lèvres. D’un air exagérément outré, son interlocuteur parle de droits à la différence et à la tolérance au moment même où sa femme classe consciencieusement les femmes de ménage par origine ethnique dans des boîtes de préjugés : « les asiatiques, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux ! ». Interrogé sur Mohammed, Rachid et Djamila, Michou enchaine, avec ce même sourire paisible admirablement joué par Patrick Timsit: « Djamila, c’est pas pareil, c’est comme ma mère ! ». Ce chef d’œuvre de Coline Serreau montre la complexité des sentiments xénophobes. Il y a le racisme affiché, décomplexé, voire violent, et il y a ce racisme latent de tous les jours, subi régulièrement par des milliers d’invisibles qui n’osent même pas s’en plaindre, car il est impossible à décrire. (...) Ce racisme-là, présent, réel, ne peut pas être combattu par les tribunaux. Il doit d’abord être admis et reconnu, puis éliminé peu à peu par l’éducation, les campagnes de sensibilisation et l’ouverture aux autres cultures.

 

André Naef: Basquiat et les violences policières contre les Noirs L'an dernier, le musée Guggenheim de New York avait consacré une exposition à Jean-Michel Basquiat - alors qu'il n'était en 1983 qu'un jeune artiste de rue encore inconnu - dans laquelle il exprimait, au travers de son oeuvre, ses angoisses face aux violences policières à l'encontre des Noirs. Le prétexte en était le sort tragique d'un autre jeune artiste de rue, également Afro-Américain, tabassé à mort par la police new yorkaise. "Cela aurait pu être moi", ne cessait-il de répéter. En relisant l'article que j'avais consacré à cet évènement- et que je prends la liberté de republier - je constate que le réquisitoire posthume de Basquiat, il y a 37 ans, est toujours d'une brûlante actualité par rapport au puissant mouvement populaire qui défie aujourd'hui l'Amérique de Trump. Mais avec cette fois, peut-être, l'espoir d'un véritable changement. (...)

 

Bernard Comoli: Le Brésil, le Covid-19 et la protection des peuples indigènes (...) Les peuples indigènes ne sont pas épargnés par la maladie. Au 12 juin, l’organe gouvernemental en charge du service de santé pour cette partie de la population, le Secrétariat Spécial de Santé Indigène -SESAI annonçait 2’749 cas confirmés et 97 décès dus au Covid-19 dans les 34 Districts Sanitaires Spéciaux Indigènes dont il a la responsabilité. Et ce Secrétariat ne prend pas en compte ce qui se passe pour les indigènes habitant dans les agglomérations. À partir de son propre réseau, l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil - APIB établit sa propre statistique. Le 12 juin, elle dénombrait 3'166 indigènes contaminés, 269 décès dans 98 peuples. Au 8 juin, le Réseau Pró-Yanomami et Ye’kwana, créé récemment, annonce 82 cas confirmés et 4 décès chez ces deux peuples. Le dangereux Covid-19, de par sa nouveauté, semble mettre sur pied d’égalité indigènes et non-indigènes. Cependant, à y regarder de plus près, les autochtones sont plus vulnérables à l’épidémie en raison des conditions sociales, économiques et sanitaires dans lesquelles ils vivent. Par exemple (...)


Tous les jours une nouvelle revue des blogs hébergée par @tdg.ch. Les blogs sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils n'engagent pas la rédaction de la Tribune.


Marc Schindler: Vaccin, la peau de l'ours La course aux vaccins contre le Covid-19 vient de prendre un virage européen. L’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas ont signé un accord avec le laboratoire AstraZeneca pour garantir à l’Union européenne la fourniture de 300 millions de doses d’un éventuel vaccin. Cette avance sur paiement va permettre au laboratoire de poursuivre ses recherches et de se préparer à produire le vaccin dès qu’il l’aura testé. L’Union européenne, de son côté, aura un accès privilégié au nouveau vaccin. Un deal win-win, comme disent les experts : pile, je gagne ; face, tu gagnes. En clair, l’UE achète la peau de l’ours avant que le labo ne l’ait tué ! Evidemment, ça n’est pas ce que Macron proclamait : le vaccin contre le virus ne sera pas « un bien public mondial ». (...) Bien sûr, on peut ouvrir une nouvelle polémique sur l’insuffisance des crédits publics pour la recherche. On peut dénoncer la collusion des gouvernements avec la Big Pharma. Cela fera plaisir à l’opinion publique, qui n’a plus confiance. Mais ça ne fera pas avancer la recherche d’un vaccin. Après des mois de chacun pour soi, l’Union européenne a fini par accepter qu’il fallait passer un contrat, payé d’avance, avec un des labos en pointe sur la recherche d’un vaccin. L’écrivain anglais William Arthur Ward donnait ce conseil : « Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réalise ajuste ses voiles ».

 

Daniel Sormani: Accueil des sans abris (...) J’appelle à la mise en place d'une politique publique consciente des enjeux sanitaires et sociaux des personnes à la rue. La diversité des structures d’accueil doit continuer à se développer et ce au regard de la diversité des publics sans-abris présents sur le territoire genevois. Il est utile et bon de préciser que le MCG ne cautionne nullement les sans-papiers et les sans autorisations d’asile, il a d’ailleurs voté contre la motion invitant le Conseil administratif à demander la légalisation de tous les sans-papier via une nouvelle opération « Papyrus ». Cependant dans une ville aussi riche que Genève, il est parfaitement inadmissible, que depuis plus de 18 ans on offre aux sans-abris les seuls abris PC comme perspective de logement d’une population majoritairement suisse et légale et dont certains travaille; que font les employeurs ; on peut donc faire mieux avec des locaux adaptés, en surface et aussi mieux contrôler les accès. Le logement est un gage d’intégration nécessaire et d’accès aux prestations sociales pour les ayants droits. (...)

 

Pascal Décaillet: Le tragique, l'obscur, l'essentiel La gauche sociétâââle adore, tous les six mois, s'enflammer mondialement pour des feux d'artifice moraux ou cosmopolites, c'est le vieux rêve trotskiste de Révolution mondiale, ils sont gens des Lumières, contemplent le bouquet final en saluant l'universel. Accessoirement, cette gauche-là a perdu tout contact avec le monde ouvrier, les oubliés, les damnés de la terre, mais c'est sans doute un détail. Je me réclame d'une tradition de pensée - ou plutôt d'une confluence - diamétralement opposée. Rien d'universel ne m'habite, le monde ne m'intéresse pas. (...) Je ne crois pas à l'idée de progrès. J'observe la permanence du pouvoir, sous le masque des apparences. L'Histoire n'offre ni lois, ni solutions. Elle nous invite juste à l'essentiel : l'exercice de la lucidité, la lecture, l'écriture, la musique.

 

David Frenkel: Sus aux couleurs antisémites, quelles soient blanches ou noires ! En Allemagne, plusieurs rassemblements pour protester contre la mise sous l’éteignoir de la liberté individuelle à la suite du coronavirus ont débordé sur des actes antisémites. La haine judéophobe s’est glissée parmi les manifestants sans qu’elle ait un lien avec l’objet de la manifestation. La haine du juif et d’Israël prennent l’habitude de s’introduire parmi les démonstrations de masse en Occident. On vient de le voir hier à Paris lors d'un rassemblement commémorant la mort de Adama Traoré. Des slogans scandant "sales juifs" y ont été entendus, ce qui est un comble pour une manifestation dénonçant le racisme. (...)

 

Claude Bonard: Les suites du Sac de Lyon et Genève Le 29 avril 1562 a lieu l'épisode du Sac de Lyon par l'armée protestante du terrible baron des Adrets. Un homme redoutable et cruel que ce François de Beaumont, baron des Adrets qui sert tout d'abord le parti protestant avant de mettre son épée au service du parti catholique. Partout où il passe, c'est la désolation. A Lyon, son armée met la ville à sac. L'occupation « musclée » de Lyon par les protestants prendra fin le 15 juin 1563. Cet événement sera suivi par des troubles incessants dans la capitale des Gaules et des violences incessantes entre catholiques et protestants. En 1567, c'est l'explosion. (...)

 

JF Mabut: Kanann empaille-t-il ses directeurs de musée? A moins d’être d'un charisme et d'une énergie à toute épreuve, de savoir faire le buzz et, plus difficile, de conserver la confiance de celui qui vous a fait chef, il est dur d'être directeur dans la fonction publique. A Genève en particulier, où les lois, les règlements, les directives, les copinages protègent les fonctionnaires lambda de tout licenciement. Les places de travail ne manquent pas dans la fonction publiques, mais déplacer un agent qui ne ferait plus l'affaire ou qui n'a plus toute les compétences requises ou toute la confiance de sa hiérarchie est déjà perçu comme une tentative de mobbing susceptible d'un recours. Cette semaine donc le directeur du Muséum de Genève a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière. Le seul journaliste critique du canton, qui fréquente assidûment ce genre d'institution, ne s'y trompe pas. Mon confrère, l'excellent Etienne Dumont, résume la situation dans une note publiée le 13 juin dans Bilan. Qui est responsable de ce licenciement déguisé? Le magistrat réélu, qui est allé chercher Jacques Ayer à Jurassic Park pour redonner du souffle au Muséum de Genève? Sans doute (...)

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